Le librisme, un truc de gauche?

Je le crois en effet

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À l’appel de Tuxicoman et de Raphael Hertzog je vais m’essayer à répondre à la question de savoir si le mouvement du libre peut être qualifié de mouvement de gauche. D’emblée il faut voir que répondre à cette question est en soi casse gueule, puisque les définitions de ce que sont: le clivage droite/gauche, et du librisme, est sujet à discussion. Mais je vais essayer quand même en ajoutant une Mise en garde: ce n’est qu’un papier de blog - avec ces imprécisions et ses raccourcis - le sujet mériterait sans doute une thèse pour en faire le tour.

Historiquement la séparation entre la droite et la gauche date de la révolution française; les partisans du pouvoir royal se plaçant à la droite du roi; les contestataires à sa gauche. Pour aller plus loin, Wikipédia indique ainsi que:

  • Serait de droite:
    Les valeurs d’autorité, d’identité nationale, d’ordre, de sécurité, de tradition et de conservatisme ;
  • Serait de gauche:
    Les valeurs de progrès, d’égalité, de solidarité, d’insoumission ;
  • Serait dans le marais:
    Les valeurs de travail, liberté, de mérite et de justice sont elles plus transversales, même si leur sens peut varier selon ceux qui l’utilisent. Et du coup, si on rebondit trop vite sur le librisme on obtient une réponse facile, qui voudrait que ceux qui militent pour des logiciels libres soient des gens de gauche, puisqu’ils le font (entre autre):
  • Pour contester la mainmise de grande société,
  • Pour des rapports sociaux de coopération et d’échange
  • Etc …
    À l’inverse les partisans de l’ordre, des choses établies, de l’habitude, seraient des gens de droite et conséquemment des utilisateurs de Windows.

Sauf que s’arrêter là revient à négliger toute l’importance de ce qui s’est passé dans les années 70 (l’époque des geeks dans leur garage, et de l’herbe fraiche). Ces années ont été toutes à la fois celles de l’échec des mouvements de gauche type mai 68 (d’inspiration anti-autoritaire), mais surtout celle de la récupération de leurs mots d’ordre par des groupes se classant nettement à droite.

Désormais la contestation de l’ordre établi et plus particulièrement de l’État - perçu par eux comme un monstre de réglementation, une bureaucratie inefficace, bref une contrainte (coucou Macron) - est une idée défendu par des gens de droite (les néo-libéraux ou plus loin encore les libertariens et les sociodémocrates). Leur pierre philosophale est la liberté, entendu dans une dimension originelle, que les contraintes de tout genre limite. Le jardin d’éden sera rétablit quand toute les choses fonctionneront d’elles-même, comme un écosystème naturel, sans contrainte extérieur; c’est à dire régulé par la seule force du marché, plutôt que par l’État même démocratique.

Ainsi Google, Amazon , Uber et la majorité des startupers ne sont pas de gauches. Ils détestent juste l’État: ses règles, et ses impôts; et estiment n’avoir de compte à rendre qu’à leur client / actionnaire.

Le succès commercial étant alors pour eux l’alpha et l’omega, la seule preuve recevable de valeur et d’accomplissement en ce monde; tout leurs efforts vont en ce sens (je change le monde afin de devenir milliardaire). Dès lors si contribuer au mouvement du libre en rendant une source publique permet de s’attirer la sympathie des développeurs, ça ne pose pas de problème puisque cela contribue à faire de sa solution un monopole (ces groupes utilisant seulement la puissance mobilisatrice des idées d’autonomie, de liberté - le just do it - dans leur propre intérêt et ambition).

Bref, le libre n’est chez ces gens là qu’un outil pour casser les empires installés (IBM, Microsoft, les taxis…); mais certainement pas un projet visant une perspective d’émancipation du plus grand nombre.

En conséquence de quoi le libriste est soi un gars de gauche, soi un libéral/néolibéral/libertarien. Ceci cadre assez bien avec le résultat mis en évidence sur framablog en 2007, montrant qu’alors bien peu de libriste appréciaient Sarkozy (la droite conservatrice), et bien plus Bayrou (la droite libérale) en proportion du reste de la population.

Pour aller plus loin, et en bien mieux, je termine en vous recommandant cet article de la revue du comptoir.